Publié : 14 novembre 2010

La Conquête de la Toison d’or

Nul n’ignore que le collège de Neubourg a plus de titres que tout autre collège de Normandie à porter le nom de l’illustre dramaturge rouennais : c’est en effet ici, au Neubourg, dans les murs du "Vieux Château" , que fut créée, en novembre 1660, la Conquête de la toison d’Or, tragédie de Pierre Corneille.

Mais si l’événement est bien connu, la pièce elle-même ne l’est guère : nous voudrions ici mettre quelque peu en lumière le contenu et l’originalité de cette tragédie hors du commun et, qui sait ?,donner peut-être envie de lire ou de relire le vieux Corneille.
Tragédie hors du commun, avons-nous dit ; en effet, la Conquête de la Toison d’Or ne ressemble pas tout à fait aux grands "classiques" que Corneille avait produits une vingtaine d’années auparavant : Le Cid, Horace, Cinna ... Elle est certes en cinq actes et en vers et conserve la hauteur de ton et la frappe inimitables de l’alexandrin cornélien, mais elle présente cette particularité remarquable d’être une pièce " à machines " ; entendons par là, qu’exploitant toutes les ressources de la mécanique à laquelle l’essor des sciences au XVIIème siècle, depuis Descartes, avait donné une impulsion décisive, la mise en scène de cette pièce mettait en œuvre une impressionnante machinerie, qui permettait d’offrir au public des " effets spéciaux " des plus étonnants pour l’époque : décors somptueux, de palais ou de paysages, se métamorphosant sous les yeux des spectateurs, arrivées de personnages par les airs, envols croisés, apparitions de dieux marins, bref, tout ce qui pouvait éblouir un public venant applaudir à des prouesses techniques et se laisser prendre au charme immédiat du merveilleux et du spectaculaire ; en l’occurrence, le marquis de Sourdéac, commanditaire de la pièce, riche original passionné de bricolage, s’était surpassé pour assurer le réalisation de tous les effets voulus par Corneille, et son décor à machines eut un succès sans précèdent : la pièce, jouée d’abord en son château du Neubourg, fut ensuite régulièrement reprise, avec la même machinerie, par la troupe du Maris, à Paris.

Rédigé par M. Cerba professeur agrégé de lettres classiques